10 Octobre 2026
En Suisse, comme chacun le sait, il existe une frontière invisible entre la Romandie et la Suisse alémanique. On l’appelle la fameuse barrière de rösti, le très sérieux Röstigraben.
Attention, malgré son nom alléchant, cette frontière n’a rien à voir avec la noble pomme de terre de Maître Parmentier. Ici pas de douaniers, pas de guérite, pas de barbelés. Rien. Juste une ligne imaginaire où, soudainement, on passe de « bonjour » à «Grüezi wohl! », de « ça joue ? » à « Wie gots ? ».
Mais ce que vous ignorez peut-être, c’est qu’il existe une deuxième frontière, située à peu près au même endroit. Une frontière gastronomique celle-là, redoutable, presque tectonique. Je veux parler de… la « Würstligraben », la barrière de la saucisse.
Eh oui, c’est la réalité et faut vivre avec.
Chez nous, du côté romand, la saucisse est une affaire sérieuse, presque philosophique. On prend de la viande joliment hachée, savamment manipulée, on l’assaisonne, on l’embosse avec soin, on la laisse sécher, fumer, maturer… et très souvent elle termine sa carrière avec les honneurs dans une bonne casserole qui chante doucement sur le feu. C’est le royaume du saucisson vaudois, du fribourgeois, du neuchâtelois, du boutefas, de la longeole, de la saucisse d’Ajoie, de la frâche, de la saucisse aux choux, de celle au foie et de quelques autres cousins bien typés. Bref, du solide, du rustique, du « qui tient au ventre », comme dirait un vieux du Jorat.
Mais alors, sitôt passé le « Würstligraben » … hop-là ! changement de paysage.
Là-bas en direction des Allemagnes, les saucisses prennent une autre direction, disons… plus diplomatique avec les molaires. Peut-être que les dentistes y sont moins nombreux, qui sait ? Car les chairs sont souvent travaillées très finement, presque en purée. On y croise des noms bien connus : Cervelas, Bratwurst, Schüblig, Wienerli, und so wiiter. Des saucisses tendres, souples, parfois même d’une saveur un peu suspecte pour un Romand habitué à croquer dans un saucisson qui a de la mache.
Mais revenons vite de notre côté de la frontière. Chez nos voisins neuchâtelois se fabrique un original saucisson, préparé à base de porc et embossé dans un boyau de bœuf. Rien à voir avec notre saucisson vaudois, qui doit son caractère au fameux chaudin de porc dans lequel il est fièrement emmailloté.
Le saucisson neuchâtelois, lui, joue une partition différente. Plus neutre, plus ferme, légèrement fumé, bien calibré et droit comme un rail de chemin de fer, la farce est souvent travaillée au cutter pour obtenir une texture régulière et compacte, et qui contient aussi quelques couennes pour son côté canaille. Bref, un saucisson qui a de la tenue, un vrai, un du bas, et aussi du haut, chez les Meuqueux 1.
Le genre de compagnon idéal pour une torrée dans la forêt, posé dans les braises pendant que quelqu’un s’exclame : «Qué toi, qu’il va être bon celui-là ! »
Et comme ce saucisson neuchâtelois a l’esprit ouvert, il a accepté de franchir une nouvelle frontière…celle de ma cuisine.
Car aujourd’hui, il ne va pas finir dans une marmite ni dans un trou de torrée, mais dans quelque chose d’un peu inattendu : une quiche. Une quiche au saucisson neuchâtelois.
Un mariage franco-suisse, un petit traité de paix culinaire entre la quiche et la charcuterie helvétique, ainsi que quelques poreaux de chez nous, il va de soi.
En résumé : une tarte qui pourrait presque réconcilier nos amis d’outre Sarine et leur faire dire « Es isch guet gsi! », qui pourrait se traduire par « Nom de sort, c’était rudement bon ! ».
1 Les « Meuqueux » est le surnom des habitants de La Chaux-de-Fonds, issu du patois möögge (brailler), il fait référence à une attitude bruyante ou énergique.
/image%2F3215825%2F20260321%2Fob_5ec63e_csm-97-saucisson-neuchatelois-igp-5170.jpg)
Recette pour une quiche de 28 cm de diamètre, pour 4 à 6 personnes
Ingrédients pour la pâte brisée
250 g de farine
5 g de sel fin
1 jaune d’œuf
½ dl d’eau
60 g de saindoux
60 g de beurre (ou tout saindoux ou tout beurre)
/image%2F3215825%2F20260321%2Fob_5eb658_quiche-au-saucisson-neuchatelois-3898.jpg)
/image%2F3215825%2F20260321%2Fob_1f491c_quiche-au-saucisson-neuchatelois-3899.jpg)
/image%2F3215825%2F20260321%2Fob_69353b_quiche-au-saucisson-neuchatelois-3900.jpg)
/image%2F3215825%2F20260321%2Fob_23acf0_quiche-au-saucisson-neuchatelois-3901.jpg)
/image%2F3215825%2F20260321%2Fob_fbd7c3_quiche-au-saucisson-neuchatelois-3902.jpg)
/image%2F3215825%2F20260321%2Fob_7425c7_quiche-au-saucisson-neuchatelois-3903.jpg)
/image%2F3215825%2F20260321%2Fob_1a5023_quiche-au-saucisson-neuchatelois-3905.jpg)
/image%2F3215825%2F20260321%2Fob_5ae097_quiche-au-saucisson-neuchatelois-3906.jpg)
/image%2F3215825%2F20260321%2Fob_3367f9_quiche-au-saucisson-neuchatelois-3907.jpg)
/image%2F3215825%2F20260321%2Fob_198b66_quiche-au-saucisson-neuchatelois-3914.jpg)
Ingrédients pour la garniture
1 saucisson neuchâtelois IGP d’environ 300 g
500 g de blancs de poireaux
20 g de beurre
1 dl de vin blanc sec (chasselas)
15 g de fécule de maïs
50 g de gruyère râpé
2,5 dl de crème acidulée (crème aigre)
2 œufs
1 pincée de noix de muscade
Sel et poivre
/image%2F3215825%2F20260321%2Fob_d64dd1_quiche-au-saucisson-neuchatelois-3897.jpg)
/image%2F3215825%2F20260321%2Fob_b233a4_quiche-au-saucisson-neuchatelois-3893.jpg)
/image%2F3215825%2F20260321%2Fob_8bbbba_quiche-au-saucisson-neuchatelois-3910.jpg)
/image%2F3215825%2F20260321%2Fob_b1a393_quiche-au-saucisson-neuchatelois-3909.jpg)
/image%2F3215825%2F20260321%2Fob_e87f41_quiche-au-saucisson-neuchatelois-3912.jpg)
/image%2F3215825%2F20260321%2Fob_89ad27_quiche-au-saucisson-neuchatelois-3916.jpg)
/image%2F3215825%2F20260321%2Fob_e28208_quiche-au-saucisson-neuchatelois-3915.jpg)
/image%2F3215825%2F20260321%2Fob_d96f29_quiche-au-saucisson-neuchatelois-3917.jpg)
/image%2F3215825%2F20260321%2Fob_39b36a_quiche-au-saucisson-neuchatelois-3918.jpg)
/image%2F3215825%2F20260321%2Fob_f310c9_quiche-au-saucisson-neuchatelois-3919.jpg)
/image%2F3215825%2F20260321%2Fob_889448_quiche-au-saucisson-neuchatelois-3920.jpg)