24 Janvier 2026
Pourquoi diable aller publier une recette de rôti comme le font les Suisses allemands alors qu’on pourrait très bien continuer à vivre heureux entre papet et saucisson, sans se compliquer la vie ?
Excellente question. Et pourtant…
On les aime bien, nos amis les Staufifres. Même s’ils ne sont pas comme nous.
Ils ne pensent pas comme nous.
Ils ne mangent pas comme nous.
Ils ne votent pas comme nous.
Ils ne parlent surtout pas comme nous.
Déjà qu’à l’école on se bat vaillamment avec le Hochdeutsch, ce bel allemand propre, droit comme un rail CFF. Et quand on arrive là-bas, patatras : plus personne ne parle allemand. On se retrouve plongé dans le Schwyzerdütsch, ce langage mystérieux où les mots semblent avoir été mâchés, recrachés, puis réenroulés dans du fromage et du gravier avant d’être servis.
Des phrases sublimes comme :
« Alles hat ein Ende, nur die Wurst hat zwei. »
Tout a une fin, sauf la saucisse qui en a deux. Logique imparable.
Ou encore :
« S’isch mer wie de Chäs gässe. »
Littéralement : c’est comme si le fromage était mangé. Traduction vaudoise : je m’en fiche royalement.
Bref. Un monde à part.
Et pourtant… pourquoi ce rôti aux pommes ?
Parce que les pommes, c’est eux qui les ont.
Chez nous on a le raisin, la vigne, le chasselas et des coteaux qui chantent au soleil. Chez eux, en Thurgovie, ils ont des pommiers. Des armées de pommiers. Des collines entières couvertes de pommes. Des pommes à perte de vue, à en faire rougir Guillaume Tell, qui n’avait d’ailleurs pas trop le choix : sans pomme, son histoire aurait été beaucoup moins crédible. Tirer à l’arbalète sur une pastèque, ça fait moins mythique.
/image%2F3215825%2F20240707%2Fob_4b2d6c_verger-de-pommiers.jpg)
La Thurgovie, ce magnifique canton tout au nord de la Suisse, posé entre le lac de Constance et le Rhin, est le grand verger de la Confédération. Le plus important producteur de pommes du pays. Là-bas, la pomme n’est pas un fruit, c’est une vocation.
On en fait du jus, du cidre, de l’eau-de-vie, des gâteaux… et même des plats salés, comme ce merveilleux carré de veau parfumé à l’alcool de pommes.
Et là, il faut bien l’admettre, même côté Vaud, c’est sacrément bon. Eh ben chapeau !
Alors oui, parfois on traverse la barrière de rösti, on se perd dans une phrase qu’on ne comprend pas, on commande une bière qu’on n’avait pas prévue… mais on revient avec une recette. Et quand la recette est bonne, on lui pardonne son accent.
Also hopp, zieh dr Schurz aa und jetz wird gschaffet! (Allez hop, enfile ton tablier, maintenant on bosse)
Recette pour 6 personnes
Ingrédients
1,5 kg de carré de veau (avec les côtes, sans échine)
2 cs de beurre fondu (clarifié) ou d’huile pour rôtir
40 ml d’eau de vie de pomme (Thurgados)
3 dl de fond de veau
2 dl de cidre de pomme, sec
2 pommes, par exemple Golden
1 dl d’eau
½ cuillère à soupe de sucre
½ jus de citron
2 dl de crème acidulée (aigre) à 35%
1 poivre noir du moulin
1 sel
/image%2F3215825%2F20240707%2Fob_13256b_carre-de-veau-a-la-thurgovienne-0420.jpg)
/image%2F3215825%2F20240707%2Fob_6f757b_carre-de-veau-a-la-thurgovienne-0421.jpg)
/image%2F3215825%2F20240707%2Fob_3c963c_carre-de-veau-a-la-thurgovienne-0422.jpg)
/image%2F3215825%2F20240707%2Fob_9a94bb_carre-de-veau-a-la-thurgovienne-0424.jpg)
/image%2F3215825%2F20240707%2Fob_72bcfc_carre-de-veau-a-la-thurgovienne-8089.jpg)